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23. Qui est Renard Bleu ?  

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HermannBD
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28/11/2018 5:00  

Infos générales :
> BD no. 23
> Qui est Renard Bleu ?
> Collection Repérages
> 44 pages
> Publié en 2002

Editeur :
> Editions Dupuis

Scénariste :
> Hermann

Dessinateur :
> Hermann

Résumé :

Afin de gagner de l’argent, Jeremiah et Kurdy ont été engagés pour escorter un convoi en remplacement des employés habituels car ces derniers menaçaient de faire grève. Ils arrivent dans une ville où l’économie compte sur les salons de jeux et les bordels. Après s’être fait arnaquer par rapport à leur salaire, Kurdy se fait tabasser alors que Jeremiah réserve une chambre dans un hôtel minable. Contraint de garder le lit, Kurdy laisse Jeremiah flâner seul dans la ville où il venge Kurdy. Le lendemain, il part chercher seul du boulot. C'est ainsi qu'il rencontre et sympathise avec Gazoleen, une hôtesse d’un des clubs.

Sue Connely, une agent fédérale, entre en contact avec eux, leur expliquant qu’elle enquête sur une sombre affaire de pédophilie. Par chantage, ils se voient obligés de collaborer avec elle car dans le convoi qu’ils escortaient se trouvaient des enfants...

Infos générales :
> Tirage de tête, format 25 x 34 cm
> Qui est Renard Bleu ?
> Editions Erko
> 59 pages (14 pages de croquis + 1 offset)
> Publié en 2002

Analyse :

Par Patrick Dubuis.

La pédophilie

 Les propriétaires des night clubs ont compris que des clients riches sont prêts à débourser des sommes incroyables afin d’assouvir leurs perversions, dont la pédophilie. C’est donc sans scrupule que Pete et Tylor enlèvent des enfants afin de satisfaire leur clientèle particulière.

Lorsque Sue déballe avec dégoût les raisons de son enquête, Kurdy revit avec peine des moments refoulés de son enfance. Il est différent, voire absent, et semble revivre une réalité qu’il essayait d’oublier. On comprend qu’il a été lui-même victime d’abus sexuels. On se doutait que son enfance n’avait pas été rose mais c’est la première fois que Hermann nous offre une piste plus solide. Kurdy l’avait plus ou moins évoquée dans Les eaux de colère, mais sans qu’on puisse y accorder beaucoup de crédit. Cette plaie restée ouverte expliquerait donc son comportement immoral.

Dans un premier temps, lorsque Sue déballe ce qu’elle sait, Kurdy laisse comprendre qu’il ne veut pas s’y mêler, puis lorsqu’elle aborde le chapitre de la pédophilie, Kurdy reste muet. Dégoûté, il donne étonnement son accord. Kurdy ne dit plus qu’il s’en fout ou qu’il veut se tenir à l’écart. Pas non plus de somme rondelette pour l’appâter. Ici, pour la première fois, Kurdy semble vouloir jouer le redresseur de tort. Jeremiah est surpris de la réaction inhabituelle de son ami. Serait-ce le talon d’Achille de Kurdy ?

Frère David Player, un ancien barman, a compris qu’il pouvait exploiter les croyants adeptes de sa vision de Jésus. Pendant son show payant, il les remercie de lui avoir acheté ses bibelots. Cette ville vit économiquement grâce aux « péchés » : le jeu, la prostitution… Avec l’aide de Tylor, il roule les opposants farouches à la luxure que contient cette ville, en leur prêchant la sainte parole... alors qu’il s’adonne lui-même à la pédophilie. La religion, les jeux et la débauche sont à nouveaux mêlés, comme dans Strike.

La police arrête Woodrow dans une situation accablante. Mais vu son influence et sa puissance financière, il pourrait s’en tirer en y mettant une partie de son argent et en s’entourant de quelques bons avocats. En se basant sur la philosophie de Hermann, tout porte à croire que la condamnation de Woodrow se déroulerait de cette façon. Pete s’est fait abattre par sa femme, Taylor est arrêté.
Malheureusement, ce commerce fructueux se dépêchera de reprendre forme. L’approche d’Hermann est toujours détachée de toute forme de moralisation.

Renard Bleu

Renard Bleu est un indic, une sorte de détective privé barjo infiltré dans les clubs glauques qui travaille pour les pontes du lieu (Le sénateur, Pete…). Il ne parle pas, excepté au téléphone, mais il entend tout et en fait rapport à ses employeurs.

On comprend rapidement qui est Renard Bleu car, en pl. 9, il téléphone à Pete pour lui expliquer qu’il a vu le barman raccompagner la femme et, à la pl. 2, on voit un homme ricanant qui observe la même scène.

Renard Bleu nous rappelle le personnage de Happy Mike (La Ligne rouge). En effet il travaille, comme lui, sur plusieurs plans : il aide Pete et n’hésite pas à donner des indications au sénateur afin de faire tomber Woodrow. Ce personnage est inspiré d’un film des frères Coen, Blood simple, où apparaissait un privé obèse et ricanant.

L'évolution de Kurdy et Jeremiah

Kurdy se retrouve hors-jeu dès le début de l’aventure. Motivé par des souvenirs d’enfance refoulés, il accepte d’aider Sue dans son enquête mais on sent qu’il peut à tout moment tout envoyer en l’air. Il semble confronté à un dilemme moral. A l’inverse de La nuit des Rapaces, cette fois c’est Kurdy qui fera le pied de grue, alors que Jeremiah fait des galipettes avec Gazoleen. Jeremiah ne ressemble plus tellement au jeune adolescent candide des débuts. Il a fait un bel apprentissage de la vie et se plie aux injustices qu’elle lui réserve. Il va s’amouracher d’une prostituée et ne se gênera pas pour se payer du bon temps avec elle. L’idée de s’installer avec elle semble le tenter mais lorsqu’il reçoit la lettre de Sue l’invitant à partir par la petite porte, il se fait une raison et oublie aussitôt Gazoleen. Jeremiah a appris à vivre avec ses désillusions.

Jeremiah a grandi et, malgré son bon côté, peut se montrer très froid. Avec la trentaine assumée, il a abandonné le rôle de redresseur de tort. Son rôle n’est que de survivre et il s’en accommode aisément. Durant ses aventures Jeremiah a assimilé le fait que le monde est de nature corrompue et trompeuse où les puissants gagnent et les pauvres payent l’addition. Jeremiah a pris conscience qu’il ne pouvait pas porter sur ses épaules toutes les douleurs du monde, c’est pourquoi il essaye de rester autant que faire se peut en retrait de toutes ses turpitudes.

Dans Qui est Renard Bleu ?, il hésite à se vêtir des oripeaux du justicier mais se voit contraint d’accepter en raison du chantage de Sue. C’est presque Kurdy qui donnera leur accord. Lorsqu’il est enlevé, il n’hésite pas à tuer ses agresseurs. Malgré cette évolution, Jeremiah reste un personnage droit et intègre. Contrairement à Kurdy, il ne se laisse pas gagner par la facilité en optant pour des solutions immorales.

Le machisme

La société étant redevenue primaire, l’homme retrouve ses pulsions basiques. Il se charge de travailler et la femme s’occupe des besognes familiales. Dans ce monde redevenu un univers d’hommes, le côté mâle a repris le dessus. L’aventure se déroule dans des bordels et des night-clubs. Bien que la prostitution masculine existe, on ne voit que des prostituées. Elles sont traitées avec bassesse comme des objets, source de plaisir. La moto est ici employée comme attribut de la virilité de l’homme. Prince, qui n’hésite pas à violenter une prostituée, en possède une splendide qui illustra sa réussite et sa puissance masculine. Kurdy se fait tabasser tout bêtement parce qu’il a osé la contempler. Les pédophiles sont tous des hommes et l’alcool se boit au goulot.

La première fois

La raison qui pousse le sénateur à dénoncer indirectement Woodrow n’est pas tellement qu’il désire que l’on arrête un pédophile mais qu’un concurrent politique soit éliminé.

Même si l’aventure se termine par l’arrestation de Woodrow et des trafiquants de gosses, Jeremiah, Kurdy et Sue ne savent pas que Woodrow était avant tout l’adversaire de ce sénateur. Ce même sénateur est représenté par un personnage dans l’ombre, on ne le voit qu’entretenant un contact téléphonique avec Renard bleu. Renard bleu, le seul à connaître le lien entre le sénateur et Woodrow, se fait tuer par Sue qui ignore ce qui relie les crimes. Les liens sont rompus… C’est la première fois que le lecteur est seul à savoir ce qui se tramait derrière cette aventure. Le sénateur est aussi le seul qui va en retirer les avantages. Selon Hermann, c’est le reflet de ce qui se passe réellement dans la vie…

Hermann n’aime pas les « happy ends » parce qu’il n’y croit pas. Il suffit de bons avocats, d’une virgule mal placée par ici, d’un vice de procédure par-là, pour que leurs clients, aussi coupables soient-ils, s’en sortent. Hermann le dit lui-même : l’humanité n’est pas magnifique ; il y a des gens magnifiques, mais l’humanité ne l’est pas !


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